J'en ai vu des choses,
J'en ai abrité des amoureux transis
Par le froid
Se réfugiant dans mes bras
Du vent ou de la pluie.
J'ai 117 ans.
Et on n'est plus sérieux à 117 ans.
J'aurais pu être un palmier au bord d'une plage de sable blanc
Ecoutant le doux murmure des vagues de la plage désertée,
Celui du vent se perdant dans mes feuilles,
Ou celui de la sève qui leur donnait la vie.
Si au moins j'étais le cérisier d'une maison de campagne
Plusieurs générations d'enfants seraient montées dans mes feuilles
Pour cueillir la plus rouge des cerises
Et toucher la plus haute des branches de mon tronc
Celle qui tend vers le ciel
Celle qui tend vers le rêve
Celle qui domine le monde
Jusqu'au jour où cette maison ne serait plus
Vendu avec elle, je serais
Parce que c'est plus possible
Parce que c'est trop loin
Parce que c'est du passé
En réalité, pour rien.
Ou alors j'aurais pu être un baobab.
Témoin des femmes qui dansent
Des hommes qui chantent
Des enfants qui jouent
Vibrant au rythme des Tam-Tam
J'aurais pu être l'arbre du village.
Immortel.
J'aurais encore pu être le plus haut des arbres
Des tas de gens venus des quatres coins du monde viendraient m'admirer
Je serais connu, on parlerait de moi dans mille langues différentes
Entre deux Flashs, j'aurais appris quelques mots.
Et les oiseaux me donneraient des nouvelles de ce qui passe au sol
Mme la chouette s'est entichée de Mr le Renard
Faut croire que son pelage roux lui a plu
Puis je serais le plus vieux des plus hauts arbres de la planète bleue.
J'aurais même droit à des obsèques internationales.
Mais je suis un platane
Planté au bord d'une nationale.
J'ai tué 17 personnes.
On me surnomme l'arbre meutrier.
Alors ce soir on s'affaire à mes pieds
Je ne suis plus qu'un tronc
Qui va bientôt tomber.
Moi j'aimais la hauteur que j'avais sur les choses
Je n'ai pas vu venir la lame qui m'a trahi.
Un vieil arbre poète.
Tombé pour vous.